lundi 17 mai 2010

"Longtemps, je me suis habillé de couleurs" (dictée libre de droits)

On m'a commandé une dictée. Bien sûr, les consignes n'étaient pas claires, et bien sûr j'ai fait trop long (ma faute, ça). Et en plus, fallait être drôle, toussa. Que faire de ce texte qui a pris pas mal de temps, tout de même, alors que j'ai un peu autre chose à foutre ? Ben le publier ici, par exemple.
Have fun.

Longtemps, je me suis habillé de couleurs.
J'avais l'esprit chromatique. J'eus des âges clairs et tendres : de la flanelle cuisse de nymphe, des chemises aux reflets lime ou menthe à l'eau, des pulls soufre pâle. Mais, les aléas de l'existence et mes angoisses métaphysiques venus, je connus des périodes sombres et graves : des costumes violet d'évêque, amarante, ou lapis-lazuli. Je m'affichai avec des chaussures brou de noix et une veste à brandebourgs châtaigne couvrant une chemise alezane, queue-de-renard, au mieux, mordorée. Je déclinai toutes les teintes marron. Hélas, je n'avais pas toujours l'heur de composer des camaïeux idoines à mon humeur du jour. Il m'aurait fallu tant d'effets dans mes garde-robes ! En bon cyclothymique, j'essuyais des sautes de tempérament. Déprimé, j'étais vêtu de queue de vache, de teintes lactescentes ou albugineuses qui convenaient à ma carnation beigeasse. Tantôt, au pire de mon désespoir fuligineux, j'errais, hagard, dans mon appartement en robe de chambre chaudron, tantôt, enjoué, j'affichais du bouton d'or, des chair, des pêche. J'eus même, comme Picasso, ma période bleue : j'explorai toute la gamme. Du céruléen à l'aigue-marine, voire l'azurin. Parfois, au plus fort de l'exaltation, floué par un ressenti coruscant de moi-même, je me fis remarquer par des vêtures que je voulais chamarrées ou bigarrées, alors qu'elles s'avéraient billebarrées. Imaginez ! Des chaussures rouge et jaune avec des pantalons vert(s) et bleu(s) et des chaussettes kaki ou orange ! Quand j'y repense !
Enfin, revenu à plus de constance, l'âge aidant, j'adoptai le noir. Non pas le charbonneux, trop vulgaire. Je ne voulais paraître mâchuré ! M'essayant au dandysme de l'auteur prétendû(u)ment maudit, je retins des noirs mats d'encre ou de fumée, de l'aile de corbeau, même. Ces tons répondirent à ma conception de la littérature avançant dans les ténèbres ébène de l'époque acculturée.
Alors, enfin, tout m'apparut plus lumineux.

Les zexplics :
Les adjectifs de couleur non composés et non issus d'un substantif s'accordent toujours. Parmi les adjectifs issus d'un substantif, seuls s'accordent fauve, rose, écarlate, mauve, incarnat et pourpre. Les adjectifs de couleur composés ne s'accordent jamais.

Les lettres entre parenthèses indiquent les acceptions possibles, soient à cause du sens donné par l'auditeur ou le lecteur, soit parce qu'il y a variante acceptée. Merci à Christian Dufour pour sa relecture.
La dictée est libre de droit, à condition que vous mentionniassiez que l'auteur c'est moâ.
Le tableau flamand de flamant à été déniché sur le web, sans que je n'en connaisse ni l'auteur, ni le titre, ni la date...