dimanche 23 août 2009

[Grande cause verbe "Bouiner"] Une contribution d'Arno


(Voir le message précédent sur la grande cause consistant à promouvoir le verbe "bouiner"). Arno apporte sa pierre ci-dessous avec laquelle je ne suis pas forcément d'accord (Arno quest-ce que tu bouines ?). Il me semble en effet n'avoir jamais entendu "bouiner" chez les germanopratins... mais je les fréquente si peu, faut dire... (A suivre... A noter que j'ai ouvert un groupe Friendfeed pour débattre de cette grande cause nationale)

À propos de "bouiner", lu sur ton blog (j'avais dû rater la discussion sur la listamizio), je te signale que c'est un mot extrêmement utilisé en Basse-Normandie (dans l'Orne, surtout), et que ma douce et moi-même l'employons couramment (nan, mais vraiment. Et depuis tous petits, évidemment). Comme "clenche" (pour "poignée de porte"), bouiner est d'origine normando-picarde, ce qui ne l'empêche pas d'être revendiqué par les frontaliers : Ch'tis au nord, Mayennais au sud. Mais ce mot s'est aussi répandu à Paris. Par les Normands ou Picards montés à la capitale, bien sûr, mais aussi (et surtout) parce qu'il est extrêmement utilisé dans le Perche, formidable réserve naturelle où s'ébrouent les résidents secondaires parisiens le week-end. C'est là que ces derniers l'ont découvert (avec la stupeur qu'on imagine) avant de le ramener dans leurs bagages. Bref, "bouiner" est totalement has-been, car déjà entendu mille fois dans les coquetèles et les vernissages du 5e arrondissement. Je te conseillerais d'adopter plutôt "vésillant" (= en forme, qui a la pêche. Ex : "Oh bin mon pauv' vieux, t'es tout pâle, t'as pas l'air bin vésillant..."), ou bien "rétu" (même sens que "vésillant"), ou encore "blin" (bélier, par extension abruti : "Francis Lalanne, c'est vraiment un blin"). Il y a aussi "brodé" (sale, taché) et "ourdé" (même sens, mais également "ivre mort" : "Machin est allé au bar, il est rentré ourdé" = il est rentré dégueulasse, car il s'est cassé la figure dans les chemins boueux). Et mon préféré, "galvauder" (se promener, errer dans la campagne, partir sans que les autres sachent où l'on se trouve. Exemple : "Il est où, Machin ? — Aucune idée, il est encore à galvauder. Tu paries qu'il va rentrer ourdé ?" Pour finir sur "bouiner", il existe une vieille expression synonyme, entendue dans l'Orne elle aussi : "amuser le temps". Se dit de quelqu'un qui bouine, donc. Un enfant qui ne sait pas quoi faire et qui bricole des petits machins pour tromper l'ennui, ou bien un employé de bureau qui confectionne des sculptures en vieux trombones dépliés sont des gens qui amusent le temps. Voilà, c'était la minute normando-picarde... A+ Arno