dimanche 19 avril 2009

Vous auriez dû venir samedi 18 avril à Pordic...

Hier soir, c'était la bière littéraire pour les dix ans de la "Noiraude", fonds de nouvelles de la médiathèque de pordic. Entre autres exercices entre auteurs qui animaient la soirée, nous devions faire le portrait d'un autre écrivain présent... J'y ai lu le portrait, ci-dessous, de Jean-Bernard Pouy...

POUY N'A PAS QU'UN STYLE DE FIGURE, C'EST AUSSI UNE FIGURE DE STYLE
J’aime beaucoup ce que fait Pouy. Mais ce n’est pas forcément son style, son humour, ses intrigues qui me plaisent tant. C’est, au-delà de son infinie passion pour le livre et la grande littérature, sa discrète, mais bien vive créativité oulipienne dans l’infra texte qui me séduit –même si je ne distingue pas toujours tout. Il joue de la rhétorique, des figures de style, des jeux de mots et des effets de mise en abîme, choses que j’adore, aussi je l’admire.
Par ailleurs, Maître Pouy, vous employez souvent par malice et par goût des mots immarcescibles, cauteleux, et même carminatifs ; des mots que vous contraignez pour d’improbables projets cryptolittéraires, connus de vous seul. J’aime beaucoup vos mots.
C’est pourquoi, Pouy, vous êtes pour moi et par ordre alphabétique :
- Vous êtes un adynaton. Vous avez un QI de 12 000 et travaillez comme 54, écrivez deux livres par jour tout allant chercher les gosses à l’école.
- Vous une allégorie une sorte de déesse lyrique et décoiffée de la littérature populaire luttant armée d’un vulgaire Bic quatre couleurs contre les plumes d’oies acérées de l’aristocratie littéraire germanopratine,
- Vous êtes une allitération et j’aime quand serpent vous sifflez, soudain sur ses sales salons scribouillards sans sens ni scrupules.
- Vous êtes parfois un amphigouri. Lorsque par exemple vous ne voulez pas intervenir dans une histoire qui ne vous plaît du contraire de votre opinion, et de l’intervention que vous refuser par avis radical en contre qui ne vous concerne pas. Mais alors, clairement…
Vous êtes une amplification. Camarade, copain, frère…. Un père pour nous.
- Vous êtes un anagramme. Quelque soit le côté dont on vous examine, on y trouve le bon sens ?
- Vous êtes une anacoluthe, cette rupture de construction. Quand vous expliquez que la lumière du frigo s’éteint la porte fermée… en fait jamais nous ne le saurons.
- Vous êtes une analogie. C’est votre aspect de liste de figures de style.
- Vous êtes une analepse. En effet, souvent vous faites des retours sur des événements antérieurs au moment de la narration… Mais auparavant je dois vous dire que vous êtes une anaphore vivante car vous êtes écrivain populaire, écrivain de radio, écrivain de cinéma, écrivain en tout domaine…. Ecrivain multicasquette vous êtes. Et multicasquette, c’est ébouriffant au moins, décoiffant au mieux.
- Vous êtes une anastrophe. Et parfois d’admiration, me ravissent vos trouvailles.
- Vous êtes une antanaclase car votre enthousiasme parfois a ses raisons que la raison ne connaît point.
- Vous êtes une antépiphore… car vous êtes un prolepse, vous êtes une hypobole, vous êtes une antimétabole, vous êtes une antimétalepse
- Vous êtes une antiphrase quand parfois on s’exclame : « Ce Pouy, quel modèle d’élégance vestimentaire ! »
- Vous êtes une antithèse. Etre un écrivain populaire, c’est votre côté marginal et maudit.
- Vous êtes une antonomase, et pourtant n’êtes ni un Harpagon, ni un Babbit, ni un… Don Juan ? Peut-être dira-t-on un jour de quelqu’un. Oh ! Celui-là… C’est un Pouy. Et les visages alors deviendront graves.
- Vous êtes une apagogie. Car vos raisonnements absurdes me semblent en effet souvent justes.
- Vous êtes une aposiopèse quand en plein milieu d’un débat de haute volée, soudain, vous nous télescopez d’une phrase à l’autre la métaphysique quantique avec la patate, le train et le vélo.
- O Jibé ! O Pouy ! O apostrophe que vous êtes !
- Vous êtes une assonance qui élève souvent ce rêve étrange et pénétrant que Spinoza engueule Hegel, ou pire: qu’il l’enc…
- Vous êtes une asyndète quand d’un train l’autre, traversez la France en tous, des pages et des pages noircies, lectures sans fin, prosélyte, témoin.
- Vous êtes un pur barbarisme. Il est temps qu’à ce sujet vous recouvriez la vue.
- Vous êtes une catachrèse, c’est votre côté métaphore lexicalisée ; ce qui fait de vous un pilier du livre.
- Vous êtes un chiasme, car vous croisez souvent vos termes, comme vos bras ou vos jambes quand des discussions sont obscurcies par l’ennui… Ou en ce moment, même…
- Vous êtes une circolution. Vous parlez bien quand vous avez quelque chose à dire. Non pas que vous arrivez précisément à dire ce que vous voulez dire. Malgré vous, vous dites tout autre chose. Mais cela vous le dites bien.
- Vous êtes une chute. C’est surprenant.
- Vous êtes une comparaison. Disons… un portrait de la réflexion qui se nourrit et se meut dans et à partir de son environnement… Bref semblable une méduse luminescente qui se gonflent et se replie en avançant dans des courants parfois obscurs.
- Vous êtes une crase, oui, msieur Pouy
- Vous êtes une diaphore. Vous avez des idées dont on n’a pas idée.
- Vous êtes une disjonction, dans votre carrière d’auteur, longue, prolixe, curieuse, inventive.
- Vous êtes une ellipse ; voici pourquoi vous êtes ici.
- Vous êtes une évidence : C’est certain, facile à comprendre et ne laisse aucun doute à l’esprit.
- Oyez ! Oyez ! Comme Pouy est un exorde !
- Vous êtes une gémination. Oui, mon Pouy, mon Pouypouy , mon Jibé, mon Jiijibébé !
- Vous êtes une gradation, toujours plus créatif, inventif, visionnaire, prophétique !
- Vous êtes une homélie. Quand vous comparez pour la millième fois le noir au blanc par exemple, drapé dans la noire dignité de la conscience opposée à l’hypocrite blancheur d’une certaine littérature.
- Vous êtes une emphase et plus ça va plus cette idée se renforce.
- Vous êtes une énallage. Une énallage est une figure qui consiste à employer une forme autre que celle qu’on attendait. Il peut s’agir d’un échange de pronom personnel, de mode, de temps ou d’un genre à la faveur d’un autre. Par exemple, on vous invite en temps qu’intello, et c’est un rockeur prolo en bleu de chauffe qui déboule.
- Vous êtes un euphémisme et je serai un tout petit peu barbouillé de vous perdre.
- Vous êtes une hendiadys. Par réthorique et par goût.
- Vous êtes une hypallage et j’aime dans votre regard l’ironique lumière, comme votre écriture vengeresse
- Vous êtes une hyperbate. Tout le long de vos livres, buvons nous vos idées. C’est hyper bat.
- Vous êtes une hyperbole quand vous me faites mourir de rire
- Vous êtes une hypotypose. Faut vous voir convaincre votre nouvelle proie, en général un type pété de thunes qui aime le livre, et comment vous allez arriver à lui soutirer de quoi créer une nouvelle collection ! Au départ vous approchez, parlez littérature incidemment, pis une fois que vous avez calculé combien vous alliez lui soutirer d’argent pour l’impression de combien de nouveaux bouquins… Hop, ferré, cuit ! Le type se retrouve avec des ennuis de comptabilité et des contentieux libraires sans l’avoir vu venir !
- Vous êtes un idiotisme. Vous qui racontez toujours cette histoire de traducteur qui a fait d’un bar topless, un établissement à ciel ouvert.
- Vous êtes une injonction. Et je vous interdis de me contredire.
Vous êtes une inversion. Oui, une inversion que vous êtes…
Vous êtes une ironie, forcément c’est votre côté antiphrase, hyperbolique ou encore emphatique. Tout le monde ici, avait fait le lien ? Non ?
- Vous êtes un isolexisme. Vous vivez votre vie.
- Vous êtes une jocrissade. Vous n’avez pas d’ennemis, ce qui vous permet d’être en paix avec eux.
- Vous êtes une litote puisque vous n’êtes pas une tête de linotte.
- Vous êtes une métaphore. Mieux ! Une métaphore filée. A ce point d’ailleurs que votre goût des figures de style et des mots imbitables donnerait d’ailleurs l’envie de vous torturer avec une liste de celles-ci.
- Vous êtes une métonymie tant vous buvez les livres.
- Malgré toutes vos qualités, on l’a vu, souvent féminines, vous êtes un oxymore, un oxymoron. Sans doute votre surprenant côté macho pétasse.
- Vous êtes un parataxe. Oh ! Rien à voir avec les impôts ; votre richesse n’est pas financière.
- Vous êtes un parallélisme. Vous écrivez pour lire, lisez pour écrivez.
- Puis je me permettre s’il vous plait de vous prier d’accepter de bien vouloir que je vous trouve aussi être une périssologie ?
- Savez vous êtes aussi une paronomase ? Satané Pouy, sacré bandit !
- Mais vous êtes toutefois la personnification même de l’auteur français de romans noirs, celui qui arpente salons et festival, qui doit subir des soirées et des discours interminables. Si ce n’est des portraits de lui dont il se passerait bien.
- Vous êtes un pléonasme, Pouy. C’est à vous, en face de moi que je m’adresse en vous parlant.
- Malgré votre santé de fer, je sais que vous êtes un polyptote, ce qui n’est pas une monstrueuse éruption cutanée… Vous pensiez être le seul à connaître le sens de ce mot, non ? Haha… tel est pris qui croyait prendre !
- Car vous êtes une prétérition. Je ne veux pas dire par là que vous êtes cabot, mais parfois vous aimez bien être mis en spectacle.
- Vous êtes une prolepse, mais il serait bien trop long de l’expliquer, après tout vos livres qui parlent si bien de vous, ne font-ils pas de vous une prosopopée ? Je n’insisterai pas non plus, sans continuer, ni persévérer de cette redondance que vous composez en étant ce que vous êtes. Je risquerai d’éveiller en vous la répétition et celle-ci est pénible, pénible, pénible. Parfois, vous vous répétez, oui, mais pourtant tout le monde ici vous aime d’amour, en vous aimant.
- Vous êtes réfutation. Et si quelqu’un ici n’est pas d’accord, qu’il vienne à cette table et le dise.
- Vous êtes parfois réticence. Mais le seul fait d’y penser me chagrine…
- je sais que vous êtes une stichomythie depuis qu’un jour j’ai entendu dans un bar le serveur vous dire: Reprendriez-vous un verre de ce bordeau ? Et que vous lui avez répondu : Ai-je cet air hagard qu’affiche les buveurs d’eau ? Le type a dit alors : Certes, vous êtes d’un tonique d’enfer et lui avez rétorqué: Pourtant parfois me sens tannique amer.
- Vous êtes solécisme. Vous le savez et c’est pourquoi vous vous relisez pour qu’afin que vous n’ayez plus qu’à faire de telles fautes.
- Vous êtes un symbole. Une sorte d’Hermès du livre, avec des ailes au pied. Les jours de tempête, ça tangue, certes.
- Vous êtes une synalèphe. Bjour Jbé !
- Vous êtes une synecdoque. Vous assignez souvent à un mot un sens plus large ou plus restreint qu’il ne comporte habituellement. C’est parce que vous vous payez le monde
- Vous êtes un topique. C’est-à-dire « un réservoir d'idées, d'exemples, de lieux communs qui facilite la production d'un discours ». Vous, vous facilitez avec vos idées la production de livres, l’apparition de nouveaux auteurs et, on la vu, la ruine du pauvre nanti de passage qui se pique d’éditer.
- Vous êtes un trope. N’est-t-il pas vrai que Pouy est une lumière dans notre obscurité ? Nous avons ici un phare ! Jibé, cesses, tu nous éblouis !
Enfin, cher Pouy vous êtes un zeugme. Vous connaître est un bonheur, être votre ami un enchantement ; vous côtoyer, une joie ; vous saluer, un honneur.
Voici pourquoi j’aime beaucoup ce que vous faites.

(merci
au moins de me prévenir si vous copiez cela ailleurs...)