mercredi 8 avril 2009

Kesske je bouine ?

Aujourd'hui Yvon (que je ne connais pas) vient de publier sur son site un billet sur mon roman "La Santé par les plantes". Ce roman délirant, écrit il y a plus de dix ans l'a fait rire. Il trouve cela toujours d'actualité, et efficace. Merci Yvon (tu l'as trouvé où ?). C'est hyper sympa et fait chaud au coeur... et en même temps,.. euh.. comment dire... ? Yvon sait-il que ce roman n'a pas été commercialisé par Gallimard depuis au moins deux ans au point que j'en ai repris les droits il y a 3 mois ? Il ne sait pas non plus qu'après 2 accusés de réception et des menaces d'avocat il y a 3 mois, je ne sais toujours pas combien j'en ai vendu en dix ans. Merci Yvon : tu me fais repenser qu'il faut que je m'occupe de cette chienlit et que je relance la machine.

"La Santé par les plantes", dont je viens de relire des détails sur le site d'Yvon est mon premier roman, écrit d'un jet à l'époque en une semaine pour son éditeur précédent, les Editions de la Loupiote. Le résumé qu'en fait Yvon m'a permis de me souvenir de choses dont je n'avais plus aucune idée. On écrit de ces choses...
Ce roman me colle à la peau car depuis sa parution on ne me parle que du perroquet vert à deux crêtes et touffes rouges sous les ailes (un jour une chercheuse italienne très sérieuse qui était parvenue à se procurer mon numéro de téléphone m'a appelé et avec un adorable accent m'a demandé où vivait ce perroquet "qui valide tellement mes théories darwiniennes", car elle devait donner une conférence) et des Indiens Macroqa (que j'ai réutilisés du coup par la suite dans "La cosmogonie Macroqa" -épuisé- et dans "Twist Tropique" -toujours dispo chez Baleine près avoir été abandonné par le Seuil en poche).

Ces indiens Macroqa, je les aime. Finalement, c'est sans doute ce que j'aurai inventé de mieux : un univers métaphorique qui me permet de supporter le réel tout en le critiquant tous azimuts avec jubilation. Je me disais il y a quelques mois que finalement je ne devrais plus qu'écrire sur eux, ces fichus Macroqa -si tant est que je retrouve un éditeur qui tienne la route et aurait quelque argent à me donner pour manger et rester propre (voir plus bas). Bref, creuser cet univers à fond. En faire le miroir en temps réel du nôtre.
Hasard et grâce à un rayon de soleil momentané sans doute, samedi dernier m'est venue l'idée d'un synopsis à proposer à un "grand" éditeur dans l'espoir d'avoir un peu de sous. Il s'agit donc d'un ethnopolar Macroqa. Le voici :
Titre provisoire : Ivres de la jungle
2009. Chaman Jean-François revient au village Macroqa (Guyane) après avoir suivi une longue cure de désintoxication alcoolique en France métropolitaine, à la Bourboule, payée par la sécurité sociale et le bureau français des affaires indiennes. Il a définitivement arrêté l’alcool et se promène même en permanence et ostensiblement avec une carafe de purification d’eau en sautoir. Convaincu que désormais la tribu Macroqa, acculturée et vivant entre tradition (les pagnes, les traditions de chasse et de rapine, la cuisine, les coutumes totémiques devenues toutefois l’ombre d’elles-mêmes) et la modernité (Internet par satellite, rap “blong blong” lié au “chic macroqa”, T-shirt publicitaires, bitures au cognac, etc.) doit se remettre en phase avec le mode de vie frugal qui fut le sien jadis (il monte une ligue de tempérance) et retrouver la base de sa culture, notamment artistique, Chaman Jean-François commence à organiser (avec l'aide de l'assistante sociale dépressive affectée à la Zone Nord des territoires de la Jungle) à des conférences sur l'hygiène alimentaire, la nourriture bio, le développement durable et l'écologie (tri sélectif, calcul de la consommation carbone, etc.). Il commence aussi à monter, avec un succès qui n’est hélas que d’estime, des ateliers de sensibilisation au retour à l’art Macroqa. Sa volonté de faire des Macroqa une des tribus les plus en pointe sur le sauvetage de la planète et une sorte d’écomusée agace les jeunes générations et bouscule bien des intérêts locaux, dont celui des terribles VaniVani (stupide tribu ennemie d'en face) qui ont profité d'une exonération fiscale pour ouvrir sur la rive du Rio Napo une sorte de péniche speakeasy, le Jungle River Boat, destinée aux touristes de l'extrême (alcools locaux, danses traditionnelles relookées, rites initiatiques selon différentes formules de forfait, soirées de “foot gerbille” sur écran géant, Gogo girls VaniVani...). Chaman Jean-François est retrouvé un matin assassiné selon un rituel qui pourrait bien désigner les VaniVani, et l’assistante sociale a disparu. Un ex-anthropologue est nommé par Paris pour venir enquêter sur place afin de déterminer s’il s’agit d’un crime ordinaire (condamnable) ou d’une tradition locale (absout au titre du respect des minorités). Mais voilà, c’est une erreur administrative : sa formation est essentiellement axée sur l'étude des peuplades inuits et il ne comprend pas grand chose aux codes de communication VaniVani très complexes et codifiés, sachant que la moindre parole anodine peut revêtir plusieurs sens se référant aux sagas divines narrant les origines du monde...

J'en ris d'avance. J'attends. J'espère qu'avec ça, j'aurai un engagement d'édition... On m'a dit que ce n'était pas gagné.
J'aimerais envie que ce soit un énorme livre, volumineux. Un feu d'artifice Macroqa, très écrit (mon écriture a évolué depuis "La Santé par les plantes", heureusement) et qui fasse tomber mes lecteurs à terre de rire. Un livre qui dise tout sur l'époque, qui soit mon "Brazil" à moi. Depuis la rédaction de ce synopsis, la machine à gamberge se met en route malgré moi. Ce matin au réveil je me demandais ainsi comment les rappeurs blong blong Macroqa faisaient pour tagger les cases et écrire FUCK sur les troncs envahis par les plantes épiphytes ? Pas de problème : je trouverai. Mais je n'écrirai pas ce livre sans la certitude d'argent, ni d'une bonne diffusion et d'un bon soutien en librairie. J'en ai assez des bouquins flingués dès leur sortie. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. L'auteur ne doit pas être le seul à ne pas vivre de ce qu'il fait. On édite des livres, on les flingue en les sortant n'importe comment et après on culpabilise l'auteur : vous ne vendez pas assez. Donc on ne vous édite plus ou on en tire moins, en diffuse moins... Absurdité totale d'un système qui fait que vous devez toujours moins vendre, puisque vous vendez de moins en moins. Sauf que ce n'est pas l'auteur qui est éditeur, qui s'engage par contrat à en vendre, soi-disant, le plus possible...

Je parle beaucoup d'argent parce que cela fait 7 mois quue n'ai pas touché un centime. Depuis 7 mois, je bosse comme un malade : j'ai lancé des dizaines de projets, écrit des kilomètres, remis des travaux d'édition ou audiovisuels, pas arrêté de bosser. Tout est figé, ou repoussé, ou annulé. Les choses signées mettent des mois à être payées (tenez : regardez ça, c'est mignon). La déflation et la prolétarisation du travail d'auteur -toujours moins respecté- s'accélère. C'est facile : on vous demande de gratter un projet, car on veut lancer ceci ou cela, je me cogne un rendez-vous, je l'écris, on le lit et finalement on répond que c'est pas le moment, que non finalement, ce n'est pas mon projet qui est en cause, c'est que la société n'a pas envie de lancer de nouveaux projets, après réflexion. Excusez-nous, on vient de changer d'avis. Et moi, j'ai que ça à foutre que de pondre des idées pour alimenter les journées de gens qui n'ont pas d'idées, restent tétanisés, mais veulent s'occuper pour se donner l'impression de faire quelque chose.
Jadis je vivais -et certaines années même largement- de chroniques humoristiques. C'est fini ça : c'est sur les blogs, et c'est gratuit ou rien. OK, OK... Les temps changent. J'ai pu relancer avec chance la vie d'artiste il y a 8 mois -mais pourquoi dans ce foutu pays est-ce si dur ?- et j'ai sauté sur l'occasion car je devenais dingue dans mon précédent emploi, et parce qu'on me répétait sans cesse : "Qu'est-ce qu'un type de ton talent fait dans ce truc ? C'est ahurissant !" (remarque gentille, mais qui finit par user) : ben, il gagne sa vie, le gros malin.
Oh, reprendre le boulot "normal", ce n'est pas un drame : c'est le lot commun.
Alors je vais encore le reprendre dès que possible. Je cherche du taf en PAO, Web, rédaction, écrivez-moi. Le moyen de m'en sortir serait de faire des boulots d'écriture de bouquins marketing, du roman d'élevage, comme tous ces thrillers interchangeables traduits en quinze langues (puisque l'audiovisuel met six mois à avancer entre deux réunions) : mais ça, jamais. L'écriture est ma seule zone de liberté. Je préfère m'en passer plutôt qu'on me l'abime. Je veux écrire ce que je veux ou dans ce quoi je me reconnais, que je peux revendiquer.
Et si un jour on retrouve un de mes bouquins épuisé, comme aujourd'hui Yvon l'a fait et si on déplore que je n'écrive plus (car je ne peux pas faire les deux, du salariat et des livres ou des scénars, désolé. Le week end si je suis salarié, je vis... puisque tous vont à la plage, pourquoi pas moi ?), faudra pas chercher les raisons.
Voilà : c'était en direct d'ici et maintenant, je suis las, aujourd'hui.

Sinon mon projet Météomanias est toujours d'actu. Ca sera une bulle d'air, et je n'y soumets aucune condition. Juste le plaisir.