lundi 13 avril 2009

Exposition Tati : permanence de la bêtise

Il y a une exposition Tati en ce moment à la cinémathèque française. Fort bien, c'est un grand bonhomme, sans jeu de mot. Sauf que dans le métro parisien (je ne vous ai pas fait la photo, je la rajouterai peut-être à l'occasion) sur cette photographie ci-dessus utilisée pour leur massive campagne de pub, ils ont ajouté au bout de la pipe une hélice (petit moulin en papier des enfants) de couleur anis, pour cacher l'instrument du mal sans doute et, astuce graphique supplémentaire, pour nous rappeler que Tati, c'est drôle.
Ils doivent être fiers de leur astuce, les graphistes de la cinémathèque. Pas besoin d'effacer le fumétu comme on l'avait fait jadis sur une affiche représentant Sartre. On aurait pu lui photoshoper le brin d'herbe de Lucky Luke, à Tati, tiens... (Mais plus souple que la pipe, avec la vitesse du vélocipède, il se le serait pris dans les yeux). Ou pourquoi pas un bâton baveux de réglisse, tiens ? (Mais après tout, on ne retouche peut-être pas une image de Tati à cause des droits d'auteur... Alors on est coincé, alors on colle par dessus un pseudo gag). Mais non, un moulin au bout de la pipe, qui nous prend pour des cons infantiles (fumépa) et des ignares (tatidrole), et puis allez, tant qu'on y est ça fait peut-être aussi éolienne et développement durable, -toutes ces conneries qui vont de pair puisqu'il faut sauver la planète autant que les poumons et que toutes les occasions de nous le seriner sont bonnes (on n'a pas encore compris, faut dire. On est si bêtes).
C'est épuisant comme on nous prend de plus en plus pour des crétins, avec ce puritanisme de Quaker peine-à-jouir qui se répand dans toutes les têtes qui veulent nous sauvétous mais laissent crever des SDF au pied des affiches. Et on nous assène de plus en plus d'injonctions comme à des gosses.
Tati, un de nos plus grands humoristes tant par le sens que par le signe, s'il voyait ce moulin qu'on lui a rajouté au bout de sa pipe, il irait certainement l'écraser sur la tête du graphiste de la Cinémathèque pour lui avoir détourné son image et rajouté du signe imbécile.
Face à cela, un truc à la fois roboratif et déprimant que vous pouvez faire, c'est regarder (achetez-le, faites-le vous offrir, volez-le) ce coffret extraordinaire : une sélection de l'émission Cinémas, cinémas. D'abord, c'est du mini docu comme vous n'en verrez plus jamais car depuis les années 80 (date de cette émission) on crétinise : très écrit, créatif, qui ne présuppose pas d'une inculture du spectateur, bien au contraire. Des moments uniques, des propos formidables sur la création, l'exigence artistique et l'envie de faire toujours mieux, les milieux de requins du cinéma et de l'édition, de grands interviews inattendus (Noiret, Blier, Ventura, notamment), de forts moments de tournage (Cassavetes)... Hormis un pensum de cet abruti ré-entartable de Godard, il n'y a que de l'excellent sur les 4 DVD. C'est donc roboratif. Et pourquoi est-ce aussi absolument déprimant ? Parce qu'on se prend dans la figure comme le niveau s'est effondré au cinéma, chez les acteurs, les auteurs, ou les réalisateurs d'émissions culturelles... On constate que si cela était déjà dur d'être artistiquement exigeant jadis, aujourd'hui c'est cent fois pire, car il n'y a pas que sur les affiches du métro qu'on nous prend pour des mal comprenants et qu'il y a irrespect tant de l'auteur que du spectateur. Et juste un détail : à l'écran ils clopent tous. TOUS. Même la Deneuve, qui nous parle pourtant de sa peau de pèche.
On crèvera donc avec des poumons sains, mais la tête vide. C'est un choix de société durable.