mardi 21 avril 2009

(egotrip) Mon portrait par Jean-Hugues Oppel

Lors de la soirée de "La Noiraude" à Pordic (voir messages précédents), l'écrivain Jean-Hugues Oppel a fait mon portrait, qui m'a réjoui. Bourré de délires, de contraintes, de références et d'allusions plus ou moins cryptées à maviemonoeuvre. Sympa...

J’aime beaucoup ce que fait Francis Mizio depuis que celui-ci m’a sauvé la vie sur les plages du Débarquement. Nous étions recroquevillés dans notre barge, cinglant vers Omaha Beach, quand Francis déclara soudain en me regardant droit dans les yeux: “Je veux être Donald ou rien !”. Sur le moment et compte tenu des circonstances, je pensais qu’il rêvait d’une bouée-canard pour doubler l’efficacité de son gilet de sauvetage; Francis me détrompa aussitôt en m’avouant sa volonté de devenir écrivain et sa passion pour Donald Westlake, un romancier américain protéiforme (qui vient hélas de nous quitter brutalement à la dernière Saint-Sylvestre) bâtissant entre autre une œuvre impressionnante dans le domaine du roman policier humoristique - un feu nourri venant des bunkers du Mur de l’Atlantique rendait la conversation difficile, aussi nous débarquâmes sans vraiment prêter attention à ce qui se passait autour de nous, Francis tout à ses explications entre deux rafales de mitrailleuse lourde et moi de l’écouter sans perdre le fil régulièrement interrompu par les explosions d’obus de mortiers. Nous traversâmes de ce fait la plage l’esprit ailleurs, et j’ose le répéter: ainsi Francis Mizio me sauva la vie. Par inadvertance, certes, mais quand même. Nous nous sommes ensuite perdus de vue dans le bocage normand...
Ce fut pour mieux nous retrouver dans les brumes vendéennes et la glèbe betteravière du pays briard. Francis Mizio avait tenu parole et il était devenu l’un des meilleurs, pour ne pas dire LE meilleur des auteurs de polars comiques, à l’instar de Donald Westlake, son maître, son mentor, son Dieu (encore vivant à l’époque). Je peux en témoigner ici sans crainte, ayant partagé en sa compagnie l’excellent recueil “5”, où Francis nous conte les affres de malfrats en peine de conversion à l’euro avec l’art de filer la métaphore qui est le sien. Qu’il s’aventure dans le quart d’heure de célébrité wharolien, l’enfer des zones pavillonnaires clonées à l’infini, l’écologie phytopolardeuse, les arcanes de l’informatique hermétiques aux seniors, l’envers des mystères insondables du cosmos, l’observation des primates sur le mode plombino-lévistraussienne, l’éternelle problématique d’épouser ou non la fille du chef, et j’en passe, Francis Mizio peut s’enorgueillir d’être le seul auteur que j’ai arrêté de lire dans le train; pis que les accros du portables qui se croient obligés de vous balancer leur intimité est le lecteur qui se bidonne tout seul dans le wagon sans pouvoir partager son hilarité avec ses compagnons de voyage.
Je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps. Je voulais depuis des siècles raconter comment cet excellent camarade m’avait sauvé la vie. J’attendais l’occasion d’une préface destinée à un nouvel opus quand Francis arrêta d’écrire pour s’enfoncer dans une parenthèse dépressive aussi personnelle qu’administrative. Aujourd’hui, il nous revient et justice m’est enfin rendue... Alors, ne serait-ce que pour avoir écrit, après une chute d’explorateur dans l’après-midi du 18 février (et la légitime perte de connaissance qui en résulta), la suite des notes d’icelui datées grâce à la science naturelle de ses hôtes bons sauvages salvateurs de la mi-avril (environ), du début juin, de la mi-juin, et enfin de juillet qui commence par ces mots: “En fait nous sommes le 10 novembre et les Macroqa ont tout faux dans leur méthode de calcul des dates”, renvoyant le politiquement correct ethnologique à la jungle qu’il n’aurait jamais dû quitter, l’homme qui est devant vous mérite tout notre respect. Je vous prie d’excuser la longueur de cette dernière phrase, mais voilà pourquoi j’aime beaucoup ce que fait Francis Mizio.