jeudi 19 mars 2009

"L'Agence Tous Tafs", retiré de la vente

"L'Agence Tous-Tafs" paru en 1999, traitait du chômage montant et des jobs précaires, via les mésaventures d'un groupe de chômeurs et les agissements d'une agence d'interim spécialisée dans les boulots improbables que personne ne veut. Il s'agissait d'une réaction de ma part contre la morosité qui s'installait à une époque où on disait "On connaît tous désormais un chômeur dans son entourage". L'argument était de dire que si on nous conseillait ainsi de courber la tête et de nous tenir à carreaux dans nos emplois, pendant que la vague passe, sachons encore au moins en rire entre nous, -signe de liberté et que rien n'est perdu dans l'hypothèse où le balancier reviendra dans le bon sens. Autre sujet du livre : les régimes amaigrissants, via les Weight Warriors, organisation mafieuse. Il devait y avoir 3 tomes. Je ne pus en écrire qu'un à cause des remous chez Flammarion.

C'est probablement, avec mon recueil de nouvelles "Un quart d'heure pas plus" de Librio noir (épuisé), le livre que j'aurai le plus vendu et qui m'aura rapporté le plus d'argent durant quelques années, parfois en tapant violemment sur la table -avant que Flammarion ne soit racheté par des Italiens- pour avoir mon fric. Je ne connais donc pas les ventes précisément, mais il a connu 4 éditions : Flammarion, France loisirs, J'ai Lu et une traduction en Chine du Nord (comme c'est le cas de "La Santé par les plantes" et "Tout ce qui tombe du ciel", retirés depuis aussi de la vente).

Il faillit être adapté 3 fois au cinéma. Une fois par le producteur Norbert Saada, avec des dialogues de Jean Yanne qu'hélas je ne rencontrai jamais (mais cela s'interrompit du jour au lendemain, sans que je sache vraiment pourquoi), une fois par un réalisateur qui a laissé tomber car Flammarion après 3 relances et 3 mois passés n'a pas été fichu d'imprimer un contrat qui lui aurait pourtant rapporté 50% des droits, et une fois sur un synopsis original de ma plume (une histoire qui devait composer le tome 2), mais là encore sans suite : le réalisateur qui m'avait payé sur ses propres derniers changeant d'avis pour céder à des sirènes chez Karl Zéro... et ne fit rien au final, sans doute lui-même atomisé par le système.
Au total, ce livre m'aura rapporté entre les options cinéma, les ventes et les droits poche, le synopsis original, une bonne dizaine de milliers d'euros.

Mon interlocutrice Laurence Decréau, éditrice de chez Flammarion (qui était venue me chercher pour m'enrôler alors chez eux à la suite de la sortie de "La Santé par les plantes", chez Gallimard) et qui avait effectué un beau travail d'édition sur ce livre, ayant été poussée au dehors de la maison d'édition tenue alors entre autres par Raphaël Sorin qui en partit d'ailleurs également, la sorte de collection dans laquelle se trouvait ce livre ayant été subitement arrêtée, je perdis cet éditeur n'ayant plus aucun contact en interne. Il me fallut attendre 3 ans pour qu'il soit réédité en poche, à la suite de mes râleries, car J'ai Lu avait acheté les droits à Flammarion (qui avait touché l'argent -cavalerie interne) et ne le publiait pas. Ce qui me bloquait durant 3 ans ma part de droits tant qu'il n'était pas édité. Puis, l'interlocuteur chez J'ai Lu changeant (comme chaque année ou presque), je n'eus plus de contact chez eux et ne sus ce qu'il advint des ventes. J'ai demandé à récupérer les droits originaux et poche ces dernières semaines car il n'était plus distribué depuis au moins 2 ans par Flammarion et J'ai Lu qui en étaient les exploitants.
C'est un livre qui fait encore rire (une scène a été lue par Les Livreurs, il y a encore quelques mois à près de 200 personnes à la Boule Noire à Paris ; tous pleuraient de rire), mais qui a sans doute pas mal vieilli. Depuis, la situation du monde du travail est devenue bien pire. L'inspecteur du travail, Bernard Flochi, qui est présent dans ce roman était une allusion à Gérard Filoche, un type formidable qui était l'inspecteur du travail à qui j'avais affaire lorsque j'étais secrétaire du C.E. de Libération. Depuis, on essaie de lui faire la peau. Les temps changent, dit-on. Pour l'anecdote, pure coïncidence, je découvris que son bureau se trouvait au dessus d'une antenne des Wight-Watchers ; hallucinante ccoïncidence qui m'a fait rire. Par ailleurs nombres de choses délirantes imaginées dans ce roman, liées tant au monde du travail qu'à celui des régimes ont vraiment existé dans les années qui suivaient : la réalité, hein dépasse tant la fiction qu'on le sait, elle est devenue fiction, et au-delà.

Comme à chaque fois qu'un de mes livres est retiré de la vente, je demande à récupérer le fichier numérique de l'imprimeur -fichier que je considère comme étant ma propriété- afin, soit de le rééditer, soit de l'offrir en téléchargement gratuit. Comme à chaque fois, quel que soit l'éditeur, je ne l'obtiens pas ou on évite de me répondre sur ce point.