samedi 14 mars 2009

Depuis le temps qu'on vous le dit : ça sent le cadavre

Enfin un ex-éditeur qui lâche officiellement le morceau (ci-dessous). C'est dans le Monde du 13/09 (Merci Philippe de me l'avoir signalé). Auteurs et libraires vont crever à cause de la lourdeur des gros éditeurs sans imagination et des distributeurs monopolistiques (qui sont souvent les mêmes). Jibé Pouy disait il y a un an ou deux que les librairies vont devenir des boutiques d'antiquités, des trucs genre bouquinerie et bibliophilie. Souvenez-vous de ce qui s'est passé avec les boutiques de disques, et depuis, en musique avec le numérique. Les majors sont exsangues aujourd'hui... Le livre est un truc de riches (30% des Français ne lisent pas), la technologie aussi. Le livre numérique va foutre à terre les vieux principes, et la forme littéraire va changer, comme ce fut le cas par exemple pour les oeuvres musicales en passant de la cire au vynil, puis au CD, puis au téléchargement à l'unité. Alors on va revenir au feuilleton. Il y en a un paquet qui se sont gavés jusque là (les distributeurs) obérant la part des auteurs, des libraires, des petits éditeurs. Pour ma part, le numérique, j'y vais, bien sûr (et une réflexion sur l'autoédition) et d'autant plus que pendant ce temps Google numérise tout, le vieux et même l'inédit... Mais il va falloir faire vite pour occuper la place.
En revanche, car l'auteur de ce papier en veut à la loi Lang, je ne suis pas d'accord sur ce point. Il y aura une déflation terrible si on libère le prix du livre papier pour sauver l'industrie éditoriale (je parle pour mes revenus d'auteur, por les libraires) et il y a tout de même des marges grandissantes pour l'éditeur numérique (le coût de fabrication et de distribution sera ôté). On nous fait miroiter 25 % de la valeur d'un livre numérique... mais le coût de fabrication est fracassé et l'éditeur s'en prend tout de même 75 %. Ca va être un déplacement de capitaux, et il n'est pas certain que l'auteur s'y retrouve (c'est déjà le seul fournisseur du pays a être payé à plus d'un an). J'en veux pour preuve le combat des éditeurs en ce moment qui pétitionnent pour sauver les droits d'auteurs... mais les auteurs ne peuvent signer la pétition (ils ont peur de perdre les fonds sur les contrats antérieurs aux années 80 car le numérique n'avait pas été prévu et au lieu de se concerter avec les auteurs, ils lobbyisent à Bruxelles sans nous...).
Enfin, le livre numérique c'est encore plus d'opacité sur les ventes (un seul mail avec un PDF et je t'arrose plein de monde...) alors qu'aujourd'hui c'est déjà très difficile de savoir la réalité des ventes. papier... Numérique oui, mais avec vigilance, car sinon on va s'en prendre plein la gueule.
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L'article :
L'édition française au crépuscule ?, par Olivier Querenet de Breville
Avec l'arrivée du papier électronique et de nouvelles formes de publications, le secteur de l'édition française aurait-il vécu ses heures de gloires ? Cette question semble encore un peu saugrenue aujourd'hui. Pourtant, de nombreux signes montrent que l'édition française se rapproche d'un gouffre tant ses particularités la rendent vulnérable aux évolutions technologiques et culturelles en cours. Les évolutions technologiques sont déjà connues. Le développement de l'encre électronique permet de détenir de 100 à 150 livres sur un lecteur dont l'écran offre un confort de lecture équivalent à celui d'une page imprimée.
Impossible de connaître les chiffres de vente du lecteur commercialisé aux Etats-Unis par Amazon, le Kindle, mais les chiffres qui circulent varient de 260 000 unités à plus de 1 million, et l'appareil était indisponible après Noël pour cause de rupture de stock. Il y aura toujours des inconditionnels de l'objet imprimé, mais le développement de ces lecteurs numériques s'accompagnera d'un transfert du marché de l'imprimé vers le numérique de 5 % à 10 % du marché à terme au minimum. Pour preuve, les acheteurs du lecteur d'Amazon sont majoritairement des personnes de 55 à 65 ans. Il ne s'agit donc pas d'un gadget destiné aux seuls férus de haute technologie.
En parallèle, Internet devient le média le plus efficace pour faire connaître un nouvel ouvrage - tous les grands auteurs américains possèdent leur site. L'auto-publication à compte d'auteur se répand au point d'être à l'origine des best-sellers américains lorsqu'ils sont repris par les maisons d'édition traditionnelles qui sont maintenant qualifiées d'"old publishing houses", synonyme de qualité mais aussi de conventionnel et de prix très élevés. Au Japon, les romans écrits à l'origine pour les téléphones portables ont représenté, une fois imprimés, quatre des cinq premières ventes de livres en 2007. Ces évolutions sont identiques à celles qui ont permis de faire naître la forme du roman au XVIIIe siècle. Depuis lors, l'édition n'avait pas connu de révolution technologique qui porte en germe de nouvelles formes d'écriture.

LA DISTRIBUTION FRAGILISÉE

Ces mouvements sont inéluctables et signifient à terme la chute du système d'édition à la française. En France, l'économie de ce secteur repose en effet sur deux piliers : les distributeurs qui achètent les livres aux éditeurs et les vendent aux libraires, et un réseau dense de librairies.
En tant que tel, l'éditeur ne dégage pas de profit car celui-ci est "confisqué" par les distributeurs qui appartiennent aux deux grands groupes d'édition (Hachette et Editis) ou aux grandes maisons comme Gallimard, Flammarion, La Martinière ou Media Participation.
Le distributeur, lui, dégage des profits en fonction du flux des ouvrages. Il gagne en envoyant les livres et lors de leur retour en cas de mévente. Toute réduction des flux se traduit par une baisse très rapide des profits du distributeur, car le métier exige des frais fixes élevés et une forte intensité capitalistique. Très vite donc, l'arrivée de l'édition numérique va fragiliser le distributeur. La situation n'est pas plus favorable du côté des libraires, dont la marge est comprise entre 1 à 3 %, avec des frais fixes (loyers et salaires) très importants dans la structure de leur compte de résultat. Dès lors, une baisse marginale du chiffre d'affaires (de 3 % à 7 %) de la librairie liée aux évolutions du mode de consommation de l'écrit et aux prix trop élevés du livre imprimé fera basculer la majorité des librairies en perte structurelle. C'est donc leur disparition qui est programmée par l'arrivée des offres d'ouvrages numériques.
Or le livre est un marché de l'offre. Il ne se vend que s'il est vu par le lecteur dans le point de vente. Il y aura donc un effet de contraction supplémentaire du marché du livre avec la disparition des petites librairies, qui n'exposeront plus les livres. Le cercle vicieux s'installera sur toute la chaîne du livre française et la loi sur le prix unique, qui devait protéger la densité du réseau de librairies en France, risque de devenir son fossoyeur.
Le livre disparaîtra du paysage des petites villes pour subsister tant bien que mal dans des points de vente offrant des superficies d'au moins 600 à 1 000 m² pour être rentables, tout comme le disque a disparu des rayons des magasins. A terme donc, peu de librairies, une concentration des distributeurs qui n'empêchera pas une chute des profits des groupes d'édition, un livre imprimé qui coûtera de plus en plus cher car il sera devenu rare, et son transport représentera un coût unitaire prohibitif, et donc des ventes de livres encore plus réduites.
Il est temps que l'édition française réagisse et se remette en cause. Messieurs les dinosaures, pardon, les éditeurs, un peu d'imagination et de créativité, faute de quoi un autre monde se mettra en place sans votre présence !

Source de la photo.