dimanche 2 novembre 2008

Keske j'bouine ? Faisons le point, même si vous vous en cognez

Bilan et perspectives
Profitant de cette superbe image qui me résume quelque peu (une brouette et des flamants) offerte par le drôle et talentueux Philippe Heurtel (bientôt publié chez Rivière Blanche), je fais le point, car je vous vois brandir une feuille de production, et vous voudriez bien savoir si je ne passe pas mon temps à me tripoter.
Alors voilà :
- Après avoir écrit (et presque fini, plus que 4 portraits) l'encyclopédie des Rebelles chez Gallimard Jeunesse (à paraître en co-auteur avec Anne Blanchard et l'illustrateur Serge Bloch), je viens de passer 6 semaines à raison de plus de 10 heures par jour à compléter un dictionnaire de l'argot (et des termes, terminologies, etc.) des prisons (des galères au bracelet électronique, du méfait à l'incarcération, la peine, la sortie mort ou vif) en compulsant des montagnes d'ouvrages et de dicos à partir d'une base collectée et écrite par Jean-Michel Armand, directeur d'insertion et de probation. Ce sera le premier du genre, à sortir chez Baleine fin janvier. Une somme, une référence (si, si : plus de 2000 entrées je pense) qui neutralise et donne un sens aux six ans que j'ai perdu à me traîner dans le service communication de cette administration. C'était passionnant et épuisant (déboussolant : je m'en cognais dans les portes et ne reconnaissais pas les amis dans la rue à cause de la concentration mobilisée). En temps utile, je publierai ici l'introduction que j'ai rédigée. On verra comme les mots de l'enfermement sont entrés dans les moeurs à cause de cette société coercitive.
Tout cela m'a pris du temps au détriment hélas de mes sites et blogs (je viens de m'apercevoir par exemple que la page Goudiz gratos de mon site principal n'est pas terminée, je ne m'en souvenais plus), d'autant que je gesticule dans l'association Les Habits Noirs et participe aux podcasts (que je monte aussi, d'ailleurs) et m'occupe des sites (Et il va y avoir nombre de choses étonnantes à venir de ce côté là...)
Dans les jours et semaines qui viennent
- Je vais créer deux sites web pour les (nouvelles) Editions Baleine.
- Je dois écrire un article sur Jacquou le Croquant pour un dictionnaire des personnages de la littérature populaire, à venir au Seuil, un épisode pour mes Québecois (que j'ai abandonné plusieurs mois par manque de temps et lassitude de bosser gratos, mais j'y débute mollement un blog aléatoire),
- Va paraître une tribune chez Atelier In8 pour accompagner ma nouvelle incluse dans le coffret sur le tabac,
- Je dois écrire un dossier sur le Marquis de Camarasa pour une revue universitaire traitant des fous littéraires et mettre enfin en ligne le site Web que je veux lui consacrer.
- Je continue de donner des cours sur le roman comique à l'ISEP à de jeunes futurs ingénieurs (très sympas et majoritairement cultivés, -encore un cliché qui tombe) dans le cadre de leurs modules de culture générale.
- Enfin, je vais écrire sous la houlette d'un metteur en scène, une pièce de théâtre très (soyons modeste) Pinter à deux personnages traitant du monde du travail (et qui ne sera vraiment, mais vraiment pas drôle...).
- Je vais être présent dans deux festivals (Lamballe et Pau) et reprendre peut-être (mais ça m'étonnerait: marre !) si j'ai l'énergie mes chroniques sur Bibliobs et Rue89 (mais comme ce n'est pas payé et finalement d'un retour en notoriété dérisoire -effet fallacieux des blogs -non, ça ne contribue en rien à promouvoir l'auteur comme je le croyais et le testais mais du coup, on fournit du contenu gratos avec lequel il y a quelques années on gagnait sa vie).
Il me faut du travail !
Si les journées et les nuits ne sont passez longs (je vous fais grâce des autres choses, projets en carton, écriture ou audiovisuel), je n'en reste pas moins à la recherche de travail (web, chroniques, ateliers d'écriture) et autres propositions (mais si, mais si) car les chèques peinent à rentrer en temps voulu (quand il y en a). Quand je dis, il me faut du travail, c'est du travail payé. Si on veut écrre gratos et être publié sans toucher un centime, on peut-être débordé. Je sais, je dois faire le mauvais choix (ou écrire des choses qui ne méritent pas plus que d'être distribuées ? Allezz savoir. Si c'est le cas, pourquoi on ne me l'a jamais dit ?).
Quelques belles gifles toutes récentes
Je viens en fait de passer une petite crise car on me fait soudainement voler en éclat un gros truc, potentiellement un best seller, sur lequel j'étais depuis 2 ans avec la dessinatrice Florence Cestac et un studio graphique (Philippe Ghielmetti) qui a énormément travaillé dessus ; projet qui allait quasiment partir chez l'imprimeur, sortir en mars 2009, que tout le monde trouve génial mais que personne ne veut publier (le nombre d'éditeurs qui n'en veut pas par élitisme ou manque de couilles -il n'y a pas d'autre mot- commence à chiffrer. L'édition est d'une frilosité pathétique dès lors qu'on propose quelque chose qui n'a jamais existé). Par ailleurs, je découvre que les 4/5e de mes bouquins sont désormais indisponibles ou pilonnés pas toujours sans que j'en sois prévenu ("les éditeurs qui ne répondent pas aux courriers" est un lieu commun). Gros sentiment que c'est le statut quo au point zéro continuel, que l'avenir va être difficile et en plus mon dernier bouquin important ne se vend pas. D'ailleurs, je découvre à l'occasion des pilonnages que je vendais considérablement moins que je pensais. Grosses baffes dans la tronche. Compte tenu que je n'ai plus d'éditeur fixe, je sens que ce n'est pas la peine de me remettre à un roman. Personne n'en voudra et je ne sais même plus chez qui aller. Dire qu'on me demande des conseils pour être publié, ou si je ne peux pas donner un coup de pouce... Si vous saviez ! Trois mois après mon retour aux affaires, l'heure est à songer (déjà!) à la reconversion. Si on n'est pas soutenu fortement par l'éditeur (et médiatisé, publicisé) on ne fait que participer (tant qu'on ne nous vire pas d'une lippe lasse légèrement agacée) à alimenter une chaîne où le seul qui n'en vit pas, c'est l'auteur. Ce n'est pas nouveau, c'est seulement à notre époque pire. Plus on adule les écrivains, moins on les lit, pire on les traite. Flaubert écrivait déjà cela à Georges Sand jadis, certes. Mais je connais des auteurs dans les années 70 qui ont vécu toute leur vie de leur production sans devoir s'adapter dans le sens de dénaturer ce qu'ils ont envie d'écrire. Aujourd'hui on assiste à un retour de la considération de l'écriture comme un gentil hobby qui n'a pas à être rémunéré. On vous trouvera toutes les bonnes raisons, à commencer parce que le livre, ça ne marche plus. Mais l'édition est florissante et il y a des salaires de représentants dans ce milieu qui donnent le vertige.
Bref, faites passer : je bosse bien davantage qu'à l'administration d'où je sors, je gagne que pouic depuis août et n'ai tout de même pas assez de travail (rémunéré). Mais vous savez quoi ?
Ca va bien, car je ne suis plus salarié.
Et on verra.