samedi 2 août 2008

La théorie du panda, de Pascal Garnier (Zulma)

C'est un auteur que je croise très peu en festival, mais j'ai beaucoup d'affection et d'admiration pour lui : Pascal Garnier. Je le place comme un grand écrivain, adorant son style (une stupéfiante économie de moyens servie par des formules lumineuses et semble-t-il naturelles -Pascal Garnier parle en effet comme il écrit, et ce sont souvent des aphorismes qui lui naissent spontanément). Il écrit sur les gens ordinaires, souvent fracassés, et tout est en clair obscur, en silences, retenues, émotions et non-dits. Une sorte de Raymond Carver à nous qui se serait consacré au court récit résolument noirissime. Bref, Pascal Garnier c'est superbe, et le dernier opus m'a encore emporté... On se demande où il veut en venir, on suit un récit calme et touchant, bercé par la musique, et soudain vers la fin, c'est l'explosion. Pascal Garnier est un tragédien.
Juste un mot : la première page ouvre sur un homme qui attend (ou pas?), dans une gare. En quelques phrases on voit tout de lui, on sait tout, sans ne rien savoir. Il est paumé, il ne sait où aller, il est tranquillement hagard. Le réel n'a plus de prise, le temps n'a pas d'importance. D'ailleurs, écrit Pascal : "La pendule propose 17h18". La pendule "propose". Cette simple phrase, ce verbe si magnifiquement choisi dès le début (chez Garnier, du sens semble sourdre des objets et décors anodins tracés en quelques mots simples, pourtant) m'ont totalement fait chavirer, plonger dans le récit lu d'une traite. Procédé de poésie sans doute auquel d'ordinaire je suis peu sensible, sauf chez Garnier. La pendule propose, et dans ce propose, il y a tout le désarroi du personnage : l'heure est une idée à saisir ou non. Le réel lui dit ça, il est 17h18, le personnage peut s"il le veut s'y accrocher, s'y raccrocher et se sortir de son état. Le fera-t-il ?
La pendule propose 17h18. Perdu, paumé dans le torrent de livres et en proie à un humanisme désespéré, Garnier propose un texte. Voilà.