lundi 18 août 2008

"Chien fantôme" de Pierre Cherruau (Ed. Après la Lune)

En refermant Chien fantôme, l'avant-dernier roman de Pierre Cherruau (le dernier est son Poulpe chez Baleine, "Togo or not Togo", que je vais prochainement lire), j'avoue avoir été un peu perplexe, quoique intrigué. La structure est atomisée (ça, j'adore), le récit est polyphonique (avec peu d'indications, parfois, pour savoir qui parle), la forme est plurielle (articles de presse, extraits de journal, narration classique) et la résolution très embrouillée, presque incompréhensible, invraisemblable... Et puis, on comprend très vite que cet ouvrage qui se dévore (tant les articles sur les émigrants clandestins qui débarquent à Ceuta -lorsqu'ils ont de la chance- que bien des passages sur la vie des "toubabs" ou des Africains sont passionnants et frappent au plexus) a volontairement cette forme étrange et déconcertante. C'est forcément une volonté de l'auteur, qui maîtrise depuis un moment l'art du roman, que de nous communiquer le mystère et l'incompréhension de l'Afrique sans tomber dans le cliché -qu'il s'attache d'ailleurs de chasser en "parlant vrai". Il y a impossibilité, sans doute, de restituer la complexité africaine, l'esprit du continent teinté de surnaturel et de multiples réalités, de tracer rationnellement les liens entre les faits, les choses ou les gens ; lesquels ne sont forcément pas appréhendables à notre façon. Et l'on se dit qu'alors voici un roman très réussi.
J'ai toujours apprécié les romans de Pierre Cherruau (Néna Rastaquouère, Lagos 666, chez Baleine/Canaille, jadis) : celui-ci ne m'a pas déçu. Et au passage, on en aura appris des tonnes par ce spécialiste qui est chef du service Afrique à Courrier International.
Et c'est terrible...