samedi 26 janvier 2008

Plaidoyer pour la gonflette

En lisant d'une fesse distraite un quotidien gratuit et clairement de droite ("Direct Soir" 24 janvier) j'ai appris en page people de quoi ruminer pour les veaux que nous sommes jugés être. L'article m'a appris que nombre de stars nord américaines du hip hop étaient actuellement jugées pour usage illégal de stéroïdes et hormones de croissance. On disait le gangsta rap gonflé et ado mal grandi, on ne savait pas à quel point. Soucieux de paraître jeunes et musclés les ci-devants 50 cent , Mary J. Blige, Timbaland et Wyclef Jean carburent à l'antitoussif pour cheval sinon au boostage de testostérone pour les mâles : "Les effets se traduisent par l'épaississement de la chevelure, de la peau et par une nouvelle lueur dans le regard, ce qui aide également à rendre le corps plus vigoureux". La lueur dans le regard ça ne pardonne pas : voyez les babas qui n'en avaient plus, ils ont disparus tels des dinosaures ballonnés trop portés sur l'herbe. Ce culte du corps se répandrait chez d'autres musiciens Justin Timberlake ou des acteurs de cinéma tel Stallone qui s'est fait ennuyer après une fouille de son vanity case, lequel ne contenait pas que du blush effet retour du Nam. Je croyais jusqu'alors que les inoculés ne se trouvaient que chez les adeptes de la pédale et que seul le tour de France en était. Voici donc que l'usage se répand. Mais il est vrai que si les sportifs dopés ont des salaires de stars du showbiz, il est normal que celles-ci aient le rythme dans un sang enrichi aux molécules de synthèse.

Nous tenons peut-être là une solution pour sortir de ce fichu retard de productivité qui laminerait depuis un siècle ce pays mollasson. On se demande comment fait Président pour s'enquiller à la file des altercations de cage d'escalier avec des marins pêcheurs sur l'air de "descends zyva si t'es cap", des files d'attente chez Disney, des cavalcades dans Pétra la rocailleuse, des bluettes à la guitare après de folles nuits câlines et des déplacements moyens orientaux jet-lagués tout en étant sur le moindre marché de province... mais n'est-ce pas là l'explication de son secret fraîcheur ? Aurait-il le même dealer que Terminator, passé gouverneur de Californie ? Par ailleurs, en édictant le dogme du "travailler plus", Président ne nous envoie-t-il pas, à son exemple spectaculaire, (preuve en est qu'il cause la France comme un rappeur bodybuildé) un message fort, à savoir : Bande de feignasses.. dopez vous ! Je me prends à rêver de réunions au bureau avec des cheffes de services huilées présentant des powerpoint flashy, de commerçants qui nous livrent les packs d'eau enrichie au 7e sans ascenseur et sans sourciller, de cheminots qui tirent les locos d'une main au lieu de les bloquer et brisent une grève du tranchant de l'autre, de manifestations en courant pour ne pas déranger, de syndicalistes mordants aux mâchoires d'acier, de fonctionnaires musclés tant hyperproductifs que rentables, de profs au regard brillant qui se cognent avec un sourire siliconé des classes de 50 gamins hyperactifs... Le libéralisme et son struggle for life social-darwinien a besoin de masse musculaire pour répondre à la main tonique et bardée de chevalières du marché : le dopage général est urgent. Allez hop une intraveineuse ou une ampoule d'EPO, un cognac par là-dessus à la façon des bad boys et hardi on va voir brother si le pays reste en faillite selon la formule d'un premier ministre collaborateur réputé pour avoir les épaules larges. Lorsque nous serons tous au boulot avec des estomacs en plaque de chocolat et des deltoïdes de M. Univers, le monde bardé de gourmettes et de chaînes dorées n'en sera que plus beau, déjà qu'hygiéniste hystérique, il est non-fumeur, que chacun est lifté et de nombreuses, air-baguées. Les transhumanistes qui rêvent de perfectibilité de l'humain ont de beaux jours devant eux. L'homo superior est en marche et leur règne est advenu, comme celui des spammeurs qui veulent nous enlarger le pénis. Cela dit, attention camarades gringalets mes frères : il va vous falloir aussi passer aux substances. Ne serait-ce que pour distancer les milices citoyennes qui demain ne nous supporteront plus.