mercredi 30 janvier 2008

Modeste proposition pour sauver la Société Générale

Je voudrais formuler une modeste proposition pour sauver la Société Générale. L'idée que je veux présenter ici est simple. J'espère qu'elle va retenir votre attention, car la perte de tous ces milliards m'a rendu triste et je devine que vous êtes aussi un peu barbouillés. J'imagine les tracas pour les responsables sachant déjà comme on peut me gronder pour un petit dépassement de découvert. Les pauvres gens ! Aussi je me suis dit, oui, en mon âme et conscience, il faut agir pour combler ! Je pense qu'il en va de la responsabilité de chacun. Nous devons soutenir cette grande banque française (déjà qu'on en a plus beaucoup). Ne nous adresse-t-elle pas de son côté comme un signe et si gentiment cet émouvant slogan publicitaire : "On est là pour vous aider" ?
Oui, je crois que c'est notre devoir de lui donner un coup de pouce et même d'appuyer fort. Et, croyez-moi : en vous formulant ma modeste proposition, je vous parle de solidarité, je vous parle d'humanité. Je vous parle, tenez, carrément, de civilisation.
Pourquoi agir avec ma méthode simple ?
Lorsque nous avons sauvé le Crédit Lyonnais avec nos impôts, j'avais trouvé dommage que l'opération ne fut pas davantage transparente. J'aurais aimé qu'on me dise ce que j'avais payé. La moquette murale ? Un ordinateur ? Un séchoir à main pour les toilettes... ? C'est frustrant de ne jamais savoir où va l'argent. D'ailleurs, on ne sait même jamais combien on donne vraiment. Or, grâce à ma méthode simple de sauvetage de la Société Générale, chacun pourra maîtriser sinon contrôler l'ampleur de l'aide qu'il apporte à cette grande institution bancaire un peu flapie. Pour ce faire je me suis procuré ses tarifs applicables au 1er mai 2008 (Ils les publient six mois avant, peut-être parce qu'ils sont déjà pressés de les encaisser. Détail qui me conforte d'ailleurs dans mon idée).
Comment agir ?
C'est enfantin : il suffira à chacun d'entre nous de générer des frais bancaires que la Société Générale ponctionnera sur nos comptes. Les occasions de frais ne manquant pas, nous disposons de toute une gamme de produits et de services qui nous permettra d'effectuer un ou plusieurs dons de notre choix.
Quelques exemples d'actions de soutien
- Vous êtes sans le sou : Etre pauvre ne doit pas vous dissuader de participer comme tout le monde à ce mouvement de solidarité ! Voire... Sans doute même vous et vos semblables samaritains serez ceux qui aideront le plus la Société Générale à combler son léger dérapage de 5 milliards d'euros étant donné que vous constituez une clientèle toujours plus importante. Songez que les petits ruisseaux font les grandes rivières ! Ainsi, faites-vous envoyer vos chéquiers à domicile (2 euros) puis tirez des chèques sans provision en prenant soin de vous "faire enfoncer la tête sous l'eau", mais, cette fois, pour la bonne cause et dans la joie : les chèques rejetés sont facturés de 25,50 euros (ceux d'un montant de moins de 50 euros) à 50 euros (montant supérieur à 50 euros). Rédigez-en un par exemple pour régler votre loyer de février, voilà qui aidera un peu la Générale en début de ce mois difficile ! Puis faites opposition, puis levée d'opposition sur le même chèque : hop, ce sera toujours 10,90 euros qu'on vous ponctionnera deux fois pour le bien de tous. Tenez ? Et si vous changiez de code secret pour votre carte (8 euros) ? Enfin, ce genre de petites attention qui raviront le conseil d'administration : l'important c'est que chacun donne selon ses moyens ! D'autres petits "plaisir d'offrir, joie de recevoir " ? Téléphonez à votre agence (0,12 euros la minute). Souscrivez à des crédits revolving (en général on vous en propose quand vous êtes au plus bas. C'est le moment où jamais !). Faites vos courses au Leader price ou chez ED avec une carte Visa Premier (cotisation : 127 euros) : c'est très grand seigneur et ça épatera même le vigile...
- Vous n'êtes pas pauvre (mais pas riche non plus) ? Quelques suggestions, car le principe étant le même, c'est la multiplicité des occasions supplémentaires de dons qui vous distinguera de la plèbe : vous vous déplacez souvent ? Veinard, songez qu'un retrait de liquide par chèque dans une agence de la Société Générale autre que la vôtre vous coûtera 4 euros ! Effectuez un virement sur un compte en France ou à l'étranger (3.05 euros), prenez une carte Visa Infinite (300 euros), ...
Une solution simple mais digne
Si chacun ouvre un compte à la Société Générale et sème des chèques en bois, la perte de la banque ne serait-elle pas comblée en un éclair ? J'insiste sur l'humanité de ma proposition simple, car elle permettrait à la banque et à tous ses employés de continuer à faire leur métier traditionnel envers les gueux comme les bling-bling, et, ce faisant, à conserver tant leur emploi que leur dignité. Cela permettrait même à ce pauvre établissement bancaire de pouvoir continuer à embaucher, comme il le désire sur cette annonce qui cherche peut-être à remplacer un trader devenu bien trop médiatique ! Ne la forçons pas à se rabattre sur un stagiaire gratos !
Une modeste proposition désintéressée
Je veux enfin préciser que je formule cette modeste proposition en étant moi-même désintéressé. En effet, je n'ai pas de compte à la Société Générale et donc aucun avoir chez elle à "sauver" en cas de faillite ou autre OPA, écroulement, calamité policière, crash, chute des cours... Si je n'ai pas de compte à la Société Générale c'est d'ailleurs grâce à sa propre clairvoyance. Dans les années 90, une de ses agences m'a refusé l'ouverture d'un compte et le montage d'un prêt au prétexte que je ne rentrais pas dans leur catégorie intitulée "Jeune espoir", car trentenaire autodidacte, -et ce, malgré des revenus alors confortables. Je n'étais, paraît-il, pas un client sur lequel la banque désirait "investir". Non diplômé, je n'avais que "peu de chance de voir mes revenus évoluer". Ce en quoi la maison n'a pas eu tort de décliner ma clientèle. J'aurais pu lui coller cauteleusement un découvert. Enfin, disons plutôt : un trou à ma dimension. J'avais à l'époque l'âge de Jérôme Kerviel, mais il est vrai ni le talent ni la formation pour creuser une aussi belle tombe que lui. La Société Générale avait bien senti que j'étais un looser, un petit bras. Elle ne pouvait décemment pas me faire confiance. Pas folle la banque.