mardi 22 janvier 2008

Le syndrome kangourou


Courrier International (n°897, du 10 janvier 2008) traduit un article de The Australian. On y apprend des faits pour le moins troublants en réponse soudaine à une question cruciale que j'avoue ne m'être jamais posée dans ma grande inconscience de la gesticulation du monde : Le pet de kangourou sauvera-t-il la planète ? Il est de ces problèmes, parfois, auxquels on n'ose jamais se confronter vraiment. On est surpris un jour que quelqu'un, quelque part, s'interroge ou que la réalité elle-même vous assène une telle interrogation. On est surtout immanquablement fasciné, au final, par les merveilles de la nature qui dans son infini sagesse parvient toujours à dégainer depuis des endroits inattendus une solution à l'humanité éperdue dans les remugles de son irresponsabilité. Car il s'agit bien du pet de kangourou qui viendrait rattraper la merde mise par l'homme puisque l'article évoque la préoccupation furieusement tendance du moment : le global warming (1).
Il serait en effet question d'endiguer le réchauffement global grâce au pet de kangourou, heureux animal qui en lâche volontiers... sans que cela ne sente ! Et ça, c'est tout de même du scoop. Reniflez-moi ça : "Des chercheurs australiens veulent donner aux vaches et aux moutons un intestin de kangourou pour lutter contre le réchauffement climatique, rapporte The Australian. Les flatulences des ovins et bovins produisent énormément de méthane, un gaz au puissant effet de serre [et qui chlingue, doit-on le rappeler, NDLA). Un kangourou qui pète, en revanche, ne dégage pas de méthane, grâce à une bactérie présente dans son tube digestif. L’équipe du Dr Athol Klieve souhaite donc coloniser l’intestin des vaches et des moutons avec ce précieux micro-organisme. En Australie, les flatulences ovines et bovines représentent 14 % des émissions de gaz à effet de serre. Seules les centrales polluent davantage. “En Nouvelle-Zélande, où l’élevage est plus développé, on avoisine les 50 %”, rapporte le chercheur".
Je sens, si je puis dire, que je vais beaucoup m'amuser la prochaine fois qu'une agence de voyage me proposera un séjour en Australie. Mais je m'égare : "La bactérie du kangourou évite les ballonnements et facilite la digestion, ce qui pourrait permettre d’économiser des millions de dollars en fourrage. Le bétail pourrait ainsi tirer 10 à 15 % d’énergie supplémentaire de son alimentation. Il faudra au moins trois ans de travail aux chercheurs pour isoler ce micro-organisme écolo avant de pouvoir plancher sur son transfert. D’autres scientifiques proposent des solutions plus radicales – bannir le bœuf et le mouton du barbecue et les remplacer par du steak de kangourou. Cela aurait l’avantage de réguler la population de marsupiaux, qui atteint des proportions alarmantes dans certaines régions australiennes. Près de 20 % des Australiens ont déjà opté pour cette viande respectueuse de l’environnement – et pleine de vertus diététiques. Pas d’antibiotiques, pas de vaccins, pas d’élevage industriel : la chair du kangourou est “pauvre en graisses, riche en protéines et on ne peut plus saine”, rapporte le Pr Peter Ampt, de l’université de Nouvelle-Galles du Sud.
Cette information qui passe pour a priori insolite est, on en conviendra si l'on renifle plus loin que le bout de son nez, d'une vertigineuse gravité. Elle risque d'avoir des conséquences qui me paraissent évidentes et peuvent nous mener, sans exagération aucune, vers une certaine déréliction sociale sinon une décadence complète de notre civilisation polissée. Analysons les termes :
- 1 - Compte tenu qu'il suffit aujourd'hui qu'une chose soit possible ou même seulement envisageable pour qu'elle soit réalisée, gageons que des écoresponsables des plus fervents sinon des plus frénétiques vont vouloir inciter les masses, comme le suggère déjà l'article, à bannir de leur alimentation toute consommation de viande bovine ou ovine. Admettons, car ce n'est pas ce que l'on a à craindre de pire : en effet les plus radicaux iront certainement jusqu'à exiger que l'on bricole la bactérie anti méthane du kangourou pour qu'elle soit efficiente sur l'homme.
Sachant qu'un homme relâche dans l'atmosphère entre 13 et 15 litres de gaz méthane dans ses pets par 24 h (2), je vous laisse juger de l'aggravation de l'effet de serre engendré par une population qui atteindra bientôt sur cette planète 7 milliards d'individus (6 672 335 906 personnes mardi 22 janvier 2008 à 15 h 11 min et 36 s d'après populationmondiale.com). Car qui lâche la plus grosse caisse au total sinon l'humanité ? (3) Il me paraît donc évident qu'un jour quelqu'un va vouloir nous introduire de la bactérie de kangourou dans le troufigne, et si personne n'a encore eu l'idée, il lui suffira de lire ce texte pour déclencher une teigneuse campagne de sensibilisation (4).
- 2- Supposons dans la foulée que l'idée d'introduire la bactérie du kangourou anti effet de serre chez l'homme soit acquise après des propagandes plus ardues encore que celles qu'on a connues pour aller casser du boche en 14 ou interdire le tabac partout... on assistera sans aucun doute alors à un désastreux effet collatéral. Afin de se montrer dans son écoresponsabilité, je mettrai en effet ma main au feu qu'il sera vite très mode de montrer, avec force vents inodores, que l'on vit méthane free. Péter en société va devenir un must, une obligation, un label... un certificat ostentatoire de bonne écoconduite. Qui ne voudra pas dégazer se trahira dans son absence de volonté de sauver la planète. "Non péteur = réchauffeur !" : Je lis déjà les panneaux vengeurs et intégristes des manifestants. C'est tout le savoir-vivre de la rétention, deux millénaires de civilisation occidentale, qui va s'en trouver bousculé. L'exemple finira même par venir d'en haut, et un jour même Président qui a dû tourner comme tout le monde à l'imodium et l'ercéfuril pour se faire contempler sereinement la Rollex par 40 siècles de pyramides avec gente dame Carla pètera bling-bling, écoresponsable et dans les vents de sa politique de civilisation, trop content de montrer que, pour une fois, ça ne pue pas dans les hautes sphères -lesquelles sont déjà en odeur de sainteté depuis la visite à Benoît XVI. Oyez, je vous le dis : l'humanité perdurera pour les siècles sur une planète sauvée, mais gageons qu'elle sera sacrément pétaradante et s'entendra depuis Bételgeuse. C'est le moment d'acheter des actions dans les entreprises commercialisant du matériel auditif.
- 3- Enfin, est-ce prématuré de présumer que les créateurs vont s'emparer de ces engouements inéluctables ? Exit le string, je prophétise un symbolique et ludique, so arty, so trendy, retour du slip-kangourou. Compte tenu qu'en 2015 les 2/3 de l'Occident auront paraît-il plus de 60 ans, c'est de glamour, sans nul doute, que nos lendemains seront faits.

Notes de bas d'article :
(1) rappel de cette notion du global warming : tout se réchauffe, on va crever "la gueule ouverte", tel le journal écolo des années 70. Le global warming est toutefois à ne pas confondre avec le global warning qui est cette sorte de clignotant collectif qui se déclenche lorsqu'on apprend les gesticulations de Président.
(2) Et une femme 5 fois moins. Je suis certain de mes chiffres. Lire : Histoire et bizarreries sociales des excréments, des origines à nos jours, de Martin Monestier. Ed. Le cherche midi éditeur., p. 227. Evidemment, qui l'avoue, voire qui veut se l'avouer ?
(3) Si les insectes sont des milliards de fois plus nombreux que l'homme sur le globe,... ils ne pètent individuellement pas assez. Désolé les gars, vous pouvez faire tout ce que vous voulez pour trier sélectif, économiser l'énergie fossile ou porter des fringues développées durables... vous participez honteusement de l'effet de serre à raison de 15 litres par jour ! Et rien ne sert de vous retenir, ça sortira toujours.
(4) C'est pourquoi j'avoue avoir hésité à révéler cette idée ici. Je ne cours pas très vite moi-même. Il est quasi certain que si des écowarriors veulent m'inoculer la bactérie, hélas, ils y parviendront.


La photographie vient d'ici.