mercredi 23 janvier 2008

Le principe d'autoannulation contradictoire réversible


C'est une banque, la BNP Paribas, (mais d'autres établissements aussi mafieux doivent le faire), qui propose une idée comme les bandits du marketing ne peuvent qu'en avoir pour nous exalter et nous donner cette sensation inénarrable de liberté qui manque à nos misérables existences désenchantées : celle de faire les soldes à crédit.
"Prêt Personnel BNP Paribas : objectif Soldes. Tout a commencé avec un taux à 4,50 % TEG annuel fixe…" clame une jeune femme avec des lunettes aux verres marbrés de couleurs psychédéliques qui sans doute la gênent pour y voir franchement clair dans la gestion de son pouvoir d'achat déclinant. "Offre valable du 9 janvier au 9 février 2008 pour un crédit d’un montant compris entre 6 000 et 10 000 € remboursable sur 12 mois. Exemple chiffré : * Pour un crédit de 6 000 € d’une durée totale de 12 mois, vous paierez 12 mensualités de 512,02 € (hors assurance facultative). Le coût total du crédit sera de 144,24 € (frais de dossiers offerts) soit un TEG annuel fixe de 4,50 % (*)."
Voici comment cela se passe. Accrochez-vous, c'est de l'extrême : si j'ai bien compris, il faut d'abord décrocher le prêt à compter de la date des solde pour obtenir ce taux présenté comme préférentiel, -car gageons qu'après le 9 février le montant du TEG rebondira en banque comme le STRING en rayon lingerie. Compte tenu de la courte durée de cette folle période d'euphorie spectaculaire et marchande que sont les soldes confrontée au temps d'obtenir vos sous (prise du rendez-vous avec ce poisson mort de "conseiller financier", montage du dossier en se faisant refiler diverses saletés financières inutiles et dispendieuses, huit jours fiévreux de délai de réflexion imposés par la loi, déblocage des fonds qui merde toujours sur le compte à découvert...)... zut, la fête est quasiment terminée. Il ne vous reste plus en magasin que les rogatons au prix peu réduit et que personne n'a voulu (d'aucuns plus friqué que vous qui avait la somme n'est pas fou tout de même et est parti avec pendant que vous baratiniez ce gredin de banquier). Il va falloir comme en période de non soldes vous contenter de ce qui est presque ce que vous vouliez. MAIS Fi : VOUS VOULEZ FAIRE LES SOLDES, vous vous êtes endettés pour cela, aussi VOUS LES FEREZ. Ho, ho, hé ! Faut pas délirer non plus ! Les soldes, comme tout aujourd'hui, c'est un droit sacré et inaliénable. Vous achetez alors avec votre mirifique crédit ce qui reste de ringard et d'abordable ou hélas qui ne vous convient plus tant que cela... et plaf : le coût final du crédit aura dépassé l'économie que vous êtiez supposés réaliser. Tant pis, vous vous rattraperez les années qui viennent en renonçant aux pâtes aux oeufs, dépense inconsidérée quand la semoule de blé dur peut suffire. CQFD : en empruntant pour faire les soldes, vous commettez une remarquable opération auto annulante. Mais bon : votre entourage vous enviera ce superbe canapé en schintz avec connexion USB car ils ignoreront que vous vous êtes rabattus sur une infamante sous-marque.
Vous vous êtes mis "en plein dedans" au prétexte de "faire une affaire"... et pendant ce temps, les types du marketing, -ceux-là même qui se réunissent la nuit cagoulés dans la cave sécurisée de la banque et éclatent de rire quand ils ont trouvé comment vous coincer-, s'esclaffent en se tapant bruyamment sur une cuisse d'une main en malaxant leur calculette à prime de l'autre. Mieux : vu que leurs combines crapoteuses marchent à tous les coups, ces nuisibles s'imagineront être les maîtres du monde, voire, pour beaucoup, finiront par être persuadés qu'il oeuvrent pour le bien du consommateur, de l'entreprise, de la croissance et de la Nation. A cause de votre canapé en schintz avec connexion USB acheté à tempérament et à TEG fallacieux l'emballement du système va s'aggraver, la planète va continuer sa folle course mortifère vers l'anéantissement... Il y aura peut même pire : songeons que certains marketing warriors vont parfois jusqu'à estimer qu'ils sont de gauche et qu'ils sont le dernier bastion à ne pas être dupe du système d'ultraconsommation qu'ils déplorent à l'envi, alanguis devant un verre de rosé bio équitable au bord des piscines du Lubéron ; c'est dire comme ces types sont toxiques. Si vous vous y frottez, rincez abondamment.
Pour élever le débat (je parle à ceux du premier rang, là. Les autres sont en train de s'entredéchirer pour un string à 50% dans un magasin dévasté sous les yeux d'une vendeuse dominée sous payée au bord de la phlébite et du nervous breakdown), cette histoire de prêt qui coûte plus pour acheter moins cher est un symptôme de notre société schyzophrène éperdue dans le système gesticulatoire universel. Autres exemples en vrac : notre ministre de la Justice (2) propose d'enfermer des types qui ont fini leur peine de prison et qu'on va donc libérer afin de respecter leur droit afin de les reincarcérer différemment ; Président qui ne voulait pas être dévoré par la politique étrangère dit qu'il est un Français comme les autres, mais fait étalage de clinquant nouveau riche en ayant voyagé 5 fois plus que ses prédécesseurs en huit mois ; on annule la police de proximité (PP) pour envisager de la remplacer par la police de quartier (PQ) ; on donne toutes ses données et celles de ses amis sans réfléchir à ces petits futés de Facebook avant de hurler qu'elles soit exploitées avec indécence ; on s'achète des 4x4 en triant ses poubelles ; on râle pour son pouvoir d'achat mais on condamne les conflits sociaux, on commande un rapport pour relancer la croissance tout en tapant sur son électorat ; on se rue sur les magazines people mais on désapprouve l'exposition ostentatoire de la vie privée, on fantasme sur des mannequins prépubères anorexiques et on est obsédé par le spectre de la pédophilie, on est prêts à s'avilir à la télé mais on attend du respect, on veut nettoyer les quartiers populaires des non-natifs mais on paie des fortunes pour se balader dans des souks exotiques, on exige de la solidarité tout en étant toujours plus individualiste, on hurle pour recevoir des subventions permettant de développer un travail artistique crachant sur l'institution, on veut du libéral mais on s'arrache les bouquins écrits par de vieux stals... J'ai même lu je ne sais où que des étudiants paient des entreprises pour y travailler en stage gratuitement. Bref, je ne serais pas étonné qu'on vende un jour de la bouffe light qui fait grossir ou qu'on se mette à voter pour des imbéciles clairement identifiés comme tels en s'attendant à ce qu'ils se comportent autrement que comme des gros beaufs. Ah si ? Ne me dites pas que ces effarantes contradictions existent déjà ? Je serais si content d'avoir mal de l'apprendre.

(1) "Taux Effectif Global en vigueur du 9/01/2008 au 9/02/2008. Sous réserve d’acceptation du dossier par BNP Paribas", précise la publicité. C'est que c'est un détail important. C'est à cause de cet alinéa que vous allez un jour vous pendre devant vos enfants en pleurs, aux yeux creux et à l'estomac ballonné par une grosse bulle de vide, aussi je veille à ne pas l'omettre.
(2) Celle au sourire de fer dans une robe de velours. Mais si, voyons, vous savez : la madame qu'on voit vêtue en panthère rose et bottes domina hardcore à talons aiguisés dans Paris Match. L'autre, qui joue de la guitare et se balade nue en Espagne dans les magazines n'est pas ministre, ne confondez pas. Suivez un peu l'actu. C'est pas faute de vous le répéter.