mercredi 23 janvier 2008

L'effet pue-la-sueur


Le Parisien du 19 janvier a révélé un “effet collatéral” à cette guerre à pseudo frappes chirurgicales qu’est l'interdiction de fumer dans les lieux publics, en application dans ce pays de tolérance, de liberté et d’ouverture depuis le 1er janvier : "En discothèque, cela ne sent plus la cigarette, mais... la transpiration". Je sais qu’après avoir traité il y a quelque temps ici, du "pet de kangourou sauveur de la planète", on risque de m'accuser de ne m'en prendre qu'aux sujets de mauvais goût, en sus avec mauvaises humeurs. Mais qu'y puis-je si l'actualité succombe sous les assauts des boules puantes du n'importe quoi ?
"Plus que la chasse aux fumeurs resquilleurs, les discothèques et les casinos se livrent depuis le 1er janvier à une véritable traque, d'un tout autre genre : ils font la chasse aux mauvaises odeurs. Partout, le constat est le même : les dance-floors sentent mauvais." Et d'expliquer que du temps primitif et barbare du tabac autorisé, ça sentait meilleur... que ces nouveaux et envahissants remugles de bêtes fauve, ces aisselles et ces pieds parfumés au fennec. Le tabac sentait le tabac, mais mettait donc une bonne claque aux mauvaises odeurs... à celles de tout le monde ! Il n'y avait pas que les fumeurs à puer. Voire ? Les fumeurs étaient-ils même utiles ? Ce serait d'un drôle, à en rire en toussant ! On en frémit pour les évangélistes du poumon qui ont toutefois de la chance : à la différence paraîtrait-il du tabagisme passif, on ne meurt toujours pas du ridicule actif.
La profession de patron de discothèque serait aux abois : jusqu'alors ils étaient les seuls à savoir comme leur établissement puait au petit matin (le tabac froid ?), désormais tout le monde prend conscience que DJ, barman ou milliardaire de la nuit, ce sont tous des métiers de pue-la-sueur (des autres). Et la tektonik en salle ne va rien arranger : c'est que ça vous élimine les pires toxines ces danses de jeunes sauvages agités. A noter que dans les gymnases et autres clubs de leveurs de poids, l'odeur persistante de dessous de bras ne semblait pas choquer jusqu'à lors. Or, diantre, que cela renifle souvent le sportif sain !
En tant que fumeur qui a certes bien du mal à se dépétrer de ce qui l'ostracise, je ne vais évidemment pas rabacher tout ce qui a été écrit sur la législation anti tabac, l'hystérie avec laquelle a été menée la chasse aux fumeurs, l'hygiénisme puritain et hypocrite de l'époque, les étranges et soudaines intolérances que se mirent à manifester des indifférents d'avant, la notion de liberté individuelle, la nostalgie des rituels sociaux, l’organisation de la fraude depuis les fabricants eux-mêmes, le lobby des substituts tabagiques qui s’engraisse comme un fumeur en cessation de clopation, l'angélisme totalitaire de la cause anticlope en une ère de diabolisation du fantasmé prochain plutôt que de l’agissant lointain, le coût des accidents de bagnoles ou du travail comparé à celui des dégâts du tabac, la planète qui peu à peu se nettoie les poumons des goudrons de Nicot tout en se vautrant dans les fumées de 4x4 et en cancérisant l'Afrique pour cause de marché porteur afin écouler la saloperie addictive... Gnagnagna et j'en passe : tout a été dit. Ce que je vois, c'est que tout simplement, depuis que ce pays est non-fumeur en lieu public :
1 - C'est triste à pleurer (les bars parisiens depuis janvier sont pathétiques). Ben elles sont où les familles à gamins et les petites vieilles qui avaient hâte que les fumeurs décampent pour jouir des lieux à plein poumons ? Comprends pas... Le non-fumeur serait-il gai et convivial comme un vase de nuit ?
2 - Ca fouette, semble-t-il donc, pire qu'avant, et pas le tabac blond. Finalement, nous autres fumeurs seront mieux en terrasse. Merci de nous y avoir poussés. Je me disais bien que parmi les moralistes hystériques hypoçcondriaques il devait bien y en avoir qui ne puaient pas que de la tête.

Avant que vous ne mettiez, amis non-fumeurs, à vous entre-ostraciser (j'attends l'apparition de la notion de pollution olfactive, du reniflage passif et ses incontestables victimes (chiffres forcément à l'appui) des parfums et déodorants bons marchés, ce genre...) il est urgent de chercher des solutions. Après tout, je provoque, mais je suis pour un parfait vivre ensemble. Voici ce que je vous propose pour résoudre votre inattendu problème de rillettes surgissantes :

- 1 - L'ingestion de pilules qui parfument la sueur, à la façon de ce qui se pratique pour les chats afin que leurs déjections embaument la rose ou que le poil du minou ne sente pas le chien mouillé (ou inversement). Pour les adeptes du night-clubbing, des granules de marie-brizard ananas, de vodka orange, de gin fizz ou de pastaga à la violette (nouvelle idée saugrenue du marketing) et les voici qui ne sueront ni idiots ni gerbos. Bien sûr, les bonbons à sucer anti miasmes putrides pourraient être aux très classiques et consensuels "senteur des pins", "agrumes tropiques", "floral printanier"... Allons jusqu'au stick de déodorant parfum tabac afin d'usons pour le coup de modernité ET de tradition...

- 2 - Puisque les piscines nous imposent déjà les pédiluves, bonnets de bain et maillots réglementaires anti-bactériens, pourquoi ne pas contraindre les danseurs à s'enfiler dans une sorte de blister intégral, entre la capote géante et la cape anti grippe aviaire de l'amie Fred Vargas ? Voici qui par ailleurs plairait aux associations de défense de la famille et autres pisse froid coincés et moralisateurs judéo-chrétiens dont l'époque permet l’extatique retour. Par ailleurs on pourrait aussi passer un brumisateur javel lavande les clients dès le vestiaire. Si avec tout cela cela sent encore le fauve, on n’y pourra rien.

- 3 - Puisque le tabac chassait l’odeur de transpiration tout en gênant, pourquoi ne pas contrer l’infection dite du “1er janvier 2008” avec un arôme plus fort encore, mais qui soit un arôme aussi artificiel que celui du tabac brûlant ? Je propose “moules-frites”, façon atmosphère des restaurants Léon de Bruxelles. Bien sûr, oui, on aurait le droit de danser en ciré breton, oui, oui.

- 4 - Ils vendent dans le commerce de ses charmants petits sapins odoriférants pour placer dans les voitures, et qui se balançant au rétroviseur sont du plus bel effet. Pourquoi ne pas reprendre l'idée originale exposée dans une des scènes d'anthologie du polar crépusculaire "Seven" ? Soit suspendre aux plafonds des dance floors, dans toutes les pièces des night-clubs des milliers de ces petits sapins ? (Au besoin en les recouvrant d'un vernis réfléchissant pour obtenir des effets lumineux ?) Voici une idée déco qui épaterait la clientèle, ferait des jaloux chez la concurrence empuantie, donnerait une touche esthétique référente (qui plus est culturelle !), et, surtout désodoriserait le lieu festif. Les danseurs se faufileraient entre les ficelles et les sapins, en s'y frottant il s'imprègneraient du parfum de la semaine à thème du Macumba (vanille, pin, chocolat, fraise, coco, etc.). C'est de loin l'éventualité que je trouve la plus séduisante pour l'industrie de la nuit. Les sapins, oui, voici une piste à suivre pour les professionnels de la branche.

- 5 - Une dernière solution consisterait enfin à danser dehors, dans les champs par exemple, lieux où on a l'espace suffisant pour écarter les bras en gesticulant et faire sécher les aisselles dans la douce bise, sinon fumer sans gêner quiconque hormis les étoiles. Je suis certain que le concept plairait ; parlez-en à votre voisin agriculteur ou votre préfet. Je suis persuadé qu’ils accepteraient de libéraliser les rave parties au nom de la lutte antitabac.